Vivre sur une île volcanique.
Lumière du soir sur la côte volcanique. Falaise noire après la tempête - Tenerife.
Il y a des lieux qui modifient silencieusement notre façon d’être au monde. Vivre sur une île volcanique en fait partie. Ici, la terre est noire et vivante. Les pierres gardent la mémoire du feu. Le vent circule librement entre les falaises, les cactus et l’océan. Et chaque jour, le regard se pose sur l’horizon.
La lumière est différente ici.
Elle change constamment. Chaque soir, le ciel offre un spectacle nouveau : des couleurs pastel, parfois rosées, parfois rouge rubis flamboyant. Il m’arrive de rester là, simplement à regarder, avec l’impression d’assister à quelque chose d’irréel.
À cette heure-là, les oiseaux regagnent leurs nids dans les montagnes verdoyantes. Et chaque fin de journée devient comme un rendez-vous silencieux avec le ciel. Comme s’il murmurait doucement : la journée est terminée, tu peux déposer.
J’écris toujours en regardant l’océan. Je suis fascinée par le mouvement perpétuel des vagues, qui vont et viennent comme ma respiration.
Nous sortons d’une tempête qui a duré près de dix jours. L’océan n’avait jamais été aussi déchaîné. Les vagues frappaient la côte avec une force presque primitive, comme si la mer cherchait à dire quelque chose que l’on ne peut entendre que dans le tumulte.
Dans ces moments-là, je me sens incroyablement proche des éléments.
La lune qui gouverne les marées, le soleil qui sculpte la lumière du jour, et l’océan qui respire au rythme de tout cela.
Ici, on comprend que la nature ne se contente pas d’exister autour de nous.
Elle nous traverse.
Au début, on croit simplement changer de paysage.
Puis on réalise que quelque chose de plus profond se transforme.
L’odeur des embruns le matin, le grondement des vagues qui m’endort lors d’une sieste improvisée sur la terrasse, le ciel magnifiquement étoilé que j’observe chaque nuit…
Ici, le corps ralentit.
Le souffle devient plus ample, presque instinctivement. Peut-être parce que la mer rappelle sans cesse son rythme. Peut-être parce que la terre aride nous enseigne la patience. Rien ici ne pousse dans la précipitation.
Les plantes s’accrochent à la roche, les figuiers surgissent de la lave ancienne, les fleurs apparaissent là où on ne les attend pas.
Cette île n’est pas douce au premier regard. Elle est brute, minérale, parfois austère.
Mais c’est précisément cette force qui transforme.
Elle rappelle que la vie n’est pas fragile. Elle est tenace.
Avec le temps, on commence à marcher plus lentement. À écouter davantage le vent, la mer, les silences.
Et un jour, presque sans s’en rendre compte, on respire autrement.
Comme si le paysage avait ouvert de l’espace à l’intérieur du corps.
Peut-être qu’au fond, vivre ici n’a pas seulement changé le paysage.
Cela a changé ma manière de respirer la vie.
— Marie-Laure