Sous la tente blanche : ma première cérémonie de cacao

 

Il y a des moments qui s’inscrivent dans la peau comme des encres invisibles. Des instants où quelque chose s’ouvre en nous sans prévenir, sans demander la permission.

 
 

« Certaines expériences ne nous changent pas.
Elles nous révèlent. »

 

𓆙 ~ ☾ ~ 𓆙

À écouter avec ce chapitre :

Cacaucita Medicina - Josii Yakecan

 

La première fois que j’ai goûté au cacao cérémoniel appartient à ces instants-là. C’était il y a quelques années, au Maroc. Nous étions une trentaine de femmes, venues d’horizons différents, rassemblées sous une grande tente blanche ouverte sur le ciel et les dunes du désert. La lumière traversait la toile comme un voile de lait, douce, diffuse, presque sacrée.

La chamane avançait lentement. Elle était vêtue de blanc, et moi aussi, comme si nos corps avaient été préparés sans le savoir à traverser un passage intérieur. Elle fit résonner un gong de cuivre. Le son roulait dans l’air, chaud et rond, comme un battement qui ouvre une porte. Puis vinrent les notes du handpan, liquides, métalliques, ancestrales. Elles glissaient entre nous, s’infiltraient sous la peau, réveillaient quelque chose de très ancien.

On nous servit le cacao dans de toutes petites tasses, presque minuscules. Je me souviens encore du goût - amer, rugueux, corsé, puissant. Un cacao qui ne cherche pas à séduire, mais à parler. Un cacao qui demande la présence. Nous nous sommes allongées, toutes, comme une constellation de corps silencieux. Les yeux fermés. Le tambourin battait comme un cœur ancien. Trente minutes ont passé… ou peut-être une éternité. Le temps n’existait plus vraiment.

Et puis, quelque chose en moi s’est fendu. Une vague est montée sans logique, sans retenue. À mon réveil, les larmes ont coulé. Pas des larmes tristes. Des larmes qui libèrent. Des larmes qui disent simplement : je suis vivante. La chamane m’a prise dans ses bras. Un geste simple, mais relié. Nous étions connectées dans un espace qui dépassait les mots. Je ne sais pas pourquoi cela m’a traversée si fort. J’étais la seule, parmi toutes ces femmes, à vivre cette secousse, cette ouverture, ce cadeau.

Ce jour-là, quelque chose a changé en moi. Une douceur nouvelle. Un retour au cœur. Un souffle plus lent. Depuis, le cacao n’est plus une boisson. Il est devenu une porte. Une présence. Une manière de revenir à ce que je sens, à ce que je suis, à ce qui respire encore en silence sous la surface.

Pour l’instant, je laisse ce souvenir exister. Comme une offrande. Comme une racine.

Je crois que certaines expériences entrent dans nos vies comme des messagères silencieuses. Elles n’imposent rien. Elles n’exigent rien. Elles entrouvrent simplement une porte. Et il nous appartient ensuite de l’emprunter, ou bien de garder sa lumière quelque part en nous, comme une braise douce.

Cette cérémonie, sous la tente blanche, a été l’une de ces portes pour moi. Une invitation à ralentir. À écouter ce qui se transforme quand on laisse le bruit du monde se dissoudre. Une invitation à revenir au cœur, là où tout commence, là où tout s’apaise.

Aujourd’hui encore, lorsque je prépare mon cacao du matin, je sens ce souvenir respirer en moi. La vibration du gong, l’amertume chaude sur la langue, le sol du Maroc sous mes pieds, la musique qui glissait comme de l’eau. Tout revient, mais plus doucement. Plus profondément.

Le cacao n’est pas une boisson. C’est un passage. Un retour vers soi.

Et bientôt, je t’ouvrirai à mon tour la porte du rituel que j’ai façonné à partir de cette traversée. Une recette simple. Une intention. Une manière d’accueillir la journée en douceur. En attendant, laisse ce souvenir t’habiter comme il m’habite encore. Laisse-toi toucher par ce qui demande à s’ouvrir. Laisse-toi traverser.


Marie-Laure

☾ 

Pour l’instant, je laisse ce souvenir exister.
Comme une offrande.
Comme une racine.

“Dans Secret Garden, les rituels ne sont pas expliqués.
Ils sont vécus, mois après mois.”

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